Rénovation / Problèmes et solutions / Qualité d'air
Moisissures dans les maisons: un constat très inquiétant

Yves Perrier
Expert-conseil en architecture durable

• La description du problème
• Quelle moisissure?
• Les symptômes types
Quantifier et identifier les moisissures
Attention aux alarmistes


On s'intéresse aux moisissures depuis une quinzaine d'années au Canada. C'est seulement en 1994, à la suite de la mort de 9 bébés dans des zones inondées de Cleveland aux États-Unis, que le monde scientifique s'est vraiment activé à comprendre le problème. Depuis, de nombreux cas de moisissures toxiques ont été recensés, principalement dans les maisons inondées, mais aussi dans des cas beaucoup plus simples de fuites ou d'infiltration d'eau par les fondations, de condensation répétée sur des conduits d'eau froide ou sur les fondations de sous-sol.

La description du problème

Pour se développer, les moisissures ont besoin d'eau mais aussi de nourriture organique à base de carbone et de minéraux. C'est pourquoi les supports inertes tels que le verre ou le plastique permettent la croissance de moisissure quand ils sont recouverts d'un dépôt de matière organique humide tel que la poussière. La cellulose du carton qui recouvre les deux côtés des panneaux de placoplâtre est toutefois le milieu de croissance préféré des moisissures et particulièrement du Stachybotrys chartarum.

Ce sont les spores des moisissures qui contiennent les toxines et c'est souvent après avoir assécher les surfaces que le problème d'intoxication survient. En période de sécheresse, les spores restent fixées à la moisissure durant un certain temps puis se détachent pour se retrouver en suspension dans l'air ambiant. Ces spores sont inhalées et se logent dans les voies respiratoires causant des allergies, des irritations ou des intoxications. Certaines toxines peuvent même se transmettre par le contact de la peau seulement. Même inactives, les spores incrustées dans les tapis, les matelas, les livres et les tissus restent tout aussi toxiques durant plusieurs années.

Quelle moisissure ?

De la moisissure il y en a partout dans l'air extérieur. Les espèces les plus fréquentes provoquent certaines allergies l'automne, alors qu'elles prolifèrent dans les feuilles en décomposition. Dans les maisons contaminées, on peut retrouver les mêmes moisissures qu'à l'extérieur, mais en trop grande quantité. On retrouve aussi les espèces plus toxiques qui sont minoritaires à l'extérieur. Celles qui se développent dans les maisons ont besoin d'une activité en eau excessive, nécessitant une humidité relative de 65 à 70% dans l'air ou la présence d'eau sur les matériaux. Plus le pourcentage d'humidité augmente, plus les espèces toxiques peuvent s'implanter. Par exemple, le Cladosporium une moisissure irritante n'a besoin que de 65% pour se développer alors que le Stachybotrys chartarum très toxique demande 95% d'humidité pour croître.

Les symptômes types

Les symptômes reliés à la présence de moisissures ou d'autres produits chimiques dans l'air ne sont malheureusement pas spécifiques. Ceci signifie qu'on ne peut pas associer un symptôme à une seule cause. La toux, la fatigue chronique, les maux de têtes, l'asthme, les étourdissements font partie d'une trentaine de symptômes reliés à une mauvaise qualité d'air. Lors d'une conférence à Québec en avril 99, un des grands spécialistes du Québec, le Dr Prud'Homme, mentionnait les résultats surprenants d'une étude suédoise portant sur 5,000 enfants ayant des symptômes d'asthme à la maison. Cette étude a démontré que la majorité de ces enfants n'étaient pas asthmatiques mais réagissaient à des agresseurs chimiques ou biologiques de la maison.

Quantifier et identifier les moisissures

Il n'existe présentement aucune norme de salubrité microbienne dans les bâtiments. Pour déterminer la gravité de la contamination, il y a certaines valeurs guides basées sur le nombre de moisissures dans des échantillons d'air, de poussière, ou comme dans l'état de New-York, la superficie de surfaces moisies visibles. Toutefois, il y a certaines dissensions sur l'utilisation de ces valeurs guides. En effet, certains chercheurs critiquent l'utilisation des échantillons d'air telle qu'on le fait depuis une dizaine d'années. Ils sont jugés peu fiables car trop sujets à des variations importantes durant la journée. Ils préfèrent utiliser les échantillons de poussières prélevés dans la maison pour établir la quantité de moisissures dans l'air. D'autres experts, jugent l'échantillonage de poussière peu représentative de la qualité de l'air ambiant. quelques soient les méthodes d'échantillonage utilisées, cette analyse doit toujours comprendre une inspection visuelle minutieuse car de nombreux bâtiments fortement contaminés démontrent très peu de moisissure visible au premier coup d'oeil.

Aucune méthode d'échantillonnage n'est parfaite et complète en elle-même. Une bonne analyse de la situation requière généralement des tests d'air et/ou de poussières ainsi qu'une investigation poussée des lieux par des trous d'observation et allant jusqu'à l'enlèvement des panneaux de finition. Un questionnaire très détaillé sur l'historique du bâtiment, sur la santé des occupants et sur leurs modes de vie doit aussi en faire partie pour vérifier l'impact des occupants sur le bâtiment et confirmer l'impact des moisissures sur les occupants.

L'identification des moisissures
Ici aussi on diverge fortement d'opinion. D'un côté les spécialistes de la santé disent qu'il n'est pas nécessaire d'identifier les moisissures. S'il y en a en grande quantité, il faut les enlever quelque soit leur nature, car de toute façon elles sont néfastes à la santé. De plus, même si on découvre que la moisissure n'est pas dangereuse, une autre moisissure plus toxique pourrait apparaître dans les mois qui suivent s'il y a présence d'humidité excessive. De l'autre côté, les professionnels de la décontamination doivent souvent justifier auprès de leur clientèle la nécessité de dépenser de fortes sommes dans des travaux allant parfois au-dessus de 100 000$. L'identification d'une moisissure très toxique et en grande quantité justifie davantage la nécessité de ces travaux pour les propriétaires. Cette identification de la toxicité et de l'ampleur du phénomène est aussi essentielle lors d'un recours juridique.

Attention aux alarmistes

Depuis les années 90, la question des moisissures et de la qualité de l'air semble devenir essentiellement une question d'argent. D'un côté, tous les paliers gouvernementaux et les compagnies d'assurance ont longtemps nier l'existence même du problème pour réduire leur responsabilité et les coûts astronomiques reliés à la décontamination fongique. De l'autre côté, l'industrie extrêmement florissante de la décontamination, axées sur la peur et la culpabilité, recommande souvent la quasi-démolition des immeubles dès qu'on y voit des taches de moisissures.
Sentant le gain pécunier venir, les experts en moisissures ont poussé comme des champignons depuis quelques années et ils sont souvent reliés de près ou de loin à des entreprises de décontamination. Se basant sur une simple prise d'échantillon, ceux-ci se permettent souvent de faire des recommandations alarmistes avec des coûts exorbitants.
Or, tel que mentionné précédemment, les symptômes reliés à la présence de moisissures ne sont pas spécifiques et peuvent provenir d'autres problèmes de santé. La présence d'une grande concentration de moisissures sur une petite surface n'est probablement pas aussi inquiétante qu'une concentration moyenne sur de grandes surfaces. Dans tous les cas, il faut d'abord éliminer la source d'humidité qui a causé l'apparition des moisissures et ensuite évaluer les travaux en fonction de la quantité de moisissures présentes. Lorsque les moisissures sont en faible quantité, l'usage d'un meilleur système de ventilation et de filtration peut être envisagé comme solution pour réduire la quantité de spores dans l'air.
Si vous soupçonnez que la présence de moisissures affecte votre santé, il serait préférable de consulter d'abord un médecin, avant de faire venir un laboratoire d'analyse ou un expert en qualité d'air. Méfiez-vous des experts en moisissures qui jouent au médecin et surtout s'ils vous recommandent des travaux importants et une firme de décontamination spécifique.

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